11 août 2006

La femme idéale...

Lu sur le site de France Inter :

"La femme est l'âme de la maison.

La maison où il y a une bonne femme se distingue tout de suite des autres. On y trouve un ordre particulier, une façon simple et harmonieuse de disposer toute chose, une propreté scrupuleuse où l'on ne devine pas seulement le soin d'une ménagère active, mais aussi la tendresse toujours en éveil de la mère et de l'épouse.

Ne s'agirait-il que d'un petit bouquet de bleuets, cueilli au bord du chemin, la chère femme a su mettre ses fleurs au bon endroit ; le verre qui les contient est brillant, l'eau est pure, et cela donne à la demeure un petit air de fête qui réjouit l'oeil en entrant. Elle ne livre rien au hasard; jusque dans les plus petits détails il y a une intention, et chacune de ces intentions sort de son bon coeur pour aller à celui des autres.

Sa personnalité rayonne, réchauffe, et le parfum de son âme pénètre partout ; on la sent sans la voir. Car le signe distinctif d'une bonne femme est de ne pas faire du tapage, de ne pas attirer les regards et de passer presque inaperçue dans la famille.

C'est lorsqu'elle n'est plus là que l'on comprend tout ce qu'elle valait. Il semble alors que le feu du foyer soit éteint, et, à chaque heure du jour, on la cherche, on l'attend. Elle est comme le bon pain de froment qui semble insipide et dont on ne peut pas se priver. Elle est comme l'air pur qui nous fait vivre et que nous ne voyons pas !

Son coeur et sa vie sont aux autres ; elle s'est donnée tout entière, on la sait à soi ; on use de son âme, on y fouille comme en un trésor commun. Sa bonté est au milieu de la famille un refuge toujours ouvert qui calme et qui guérit, non pas qu'elle se pique d'éloquence et de philosophie, qu'elle endorme le chagrin par des phrases ou persuade par des raisonnements ; elle partage les peines et les joies de ceux qu'elle aime, rien de plus, et cela si simplement, avec tant de naturel et d'un coeur si sincère que l'on ne songe même pas qu'il en pourrait être autrement.

Elle n'a pas conscience d'ailleurs d'être l'ange du foyer et l'âme de la famille ; elle ne fait aucun effort pour cela ; c'est par besoin qu'elle se dévoue, par instinct qu'elle s'efface ; elle va au bien comme les braves au canon. Elle a la pudeur de ses vertus comme d'autres ont la honte de leurs défauts, et agit avec des raffinements de diplomates pour dissimuler ses bonnes actions, pensant que la reconnaissance dont on paye un bienfait enlève à ce bienfait le plus pur de son mérite et le déflore en le signalant."

Gustave DROZ (1832-1895), Tristesses et Sourires, 1884.

Ils étaient vraiment forts les bonshommes du XIXème, à toujours imaginer et prescrire ce que devait être une femme honorable. J'aimerais parvenir à tant d'abnégation dans la perfection. Mais elle n'est pas humaine, cette femme là, elle ne fait ni pipi ni caca, ou alors ça sent toujours la rose. Et le type avec lequel elle vit? Il ressemble à quoi? Evidemment les femmes (surtout les femmes parfaites) n'avaient pas à rêver de l'homme bon, l'homme digne de ce nom, cela aurait été contraire à la vertu d'humilité.

Moi qui suis une atroce contemporaine, je pousse un peu la logique de ce monsieur Droz. J'imagine un mari impossible pour cette "bonne femme", je la flanque d'un individu complémentaire pour une relation sado-masochiste harmonieuse. Un mec qui la conduirait toujours plus loin dans sa chrétienté toute de silence et de bonté.

Un salaud ingrat, un rustre rotant et pétant, baffrant comme un porc, toujours alcoolisé, bête comme ses pieds. Un homme qui lui mettrait une rouste quotidienne, qui s'accouplerait brutalement, bref, un connard fini. C'est d'ailleurs, peut-être, ce qu'était ce cher Gustave DROZ... Qui sait? Qui s'en soucie?...

8 commentaires:

pingouin a dit…

Lucie,
je ne comprends pas ! Tu opposes des remarques assez dures et acerbes à un texte qui est plutot gentil pour les femmes.
Je suis entièrement d'accord avec Gustave DROZ sur la place de la femme au sein du foyer. Elle est le soutien pour toute la famille et a un role désintéressé pour le bien et le bien-être de tous ; les enfants mais aussi les hommes qui perdent pied de plus en plus et n'arrivent plus à jouer leur role directeur dans la famille. Mais est-ce un inconvénient ? Je pense que le XXIe siècle sera celui de la femme ou ne sera pas. Femmes, je vous aime.

Lucie a dit…

:-) C'est vrai je suis dure, mais j'assume. Pour que tu comprennes d'où me viens cette hargne, il faut que tu te replonges dans un contexte historique pas très favorable aux femmes : elles sont moins que des citoyens, dépendent entièrement des hommes d'un point de vue économique, ont difficilement accès à la connaissance... En revanche elles sont le pilier moral de la société et ont les moralistes aux fesses, comme dans bien des pays aujourd'hui encore. La morale, c'est-à-dire le discours qui dit comment doivent se comporter les femmes (et les hommes, mais la tradition surveille surtout le comportement des femmes) et quel doit être leur rôle, elle me débecte. C'est exactement le contraire du discours sur la liberté individuelle. Je préfère l'éloge de l'originalité, du partage des rôles selon les vocations personnelles, les passions, les tempéraments, plutôt que selon le sexe. Dès qu'une attitude idéale de la femme est vantée, la pression sociale, la contrainte et les politiques réactionnaires ne sont pas loin. Tu comprends mieux mon souci ? :-)

pingouin a dit…

Oui, Lucie, vu sous cet angle. Il est vrai qu'il faut essayer de se replacer dans le contexte que l'on suppose (sait) pas très tendre pour les femmes à l'époque.
Mais l'on peut aussi prendre ce texte comme une avancée de la pensée masculine, sans dessein particulier, de la part de quelqu'un qui a perdu une présence féminine et qui réalise sa perte !!

Lucie a dit…

Oui, personne ne t'en empêchera... :-)

LdB a dit…

Merci Lucie, c'est symap de lire exactement l'état d'esprit dénoncé par ce cher JSM, le texte est vraiment en plein dedans^^ Même en sacahnt que c'était il ya plus d'un siècle on a du mal à y croire :s
Mais le pire est que inconsciement ca reste dans les conscience....
Ca va être duuuur.....
http://fr.wikisource.org/wiki/De_l%27assujettissement_des_femmes

Lucie a dit…

Merci pour le lien LdB. Bon, il va falloir que je me plonge sérieusement dans le monde de John Stuart Mill, ce que j'aurais du faire il y a longtemps par devoir universitaire... :-D Heureusement qu'il y en a pour me rappeler à l'ordre ;-)

LdB a dit…

A ton service ;)
Allei, au boulot feignasse!

Lucie a dit…

grumlgrumlgruml (cri de la feignasse qui doit se mettre au boulot)