17 octobre 2006

Le roi de la reine - et moi aussi j'existe!

Dites-moi, si je vous demande le prénom du mari de la reine d'Angleterre, vous me répondez quoi, là tout de suite, sans chercher sur wikipédia, mmh?...

Ah vous saviez qu'Elisabeth II avait un époux, et qu'il se nomme Philip Mountbatten? Eh bien moi je croyais tout bonnement qu'Elisabeth était célibataire. Il a fallu que l'on me décille pour que je découvre ce fait étonnant: l'époux de la reine existe bel et bien, et en général il n'est que prince consort, faute d'être roi. Etonnant, non, dans une société patriarcale? Il existe quelques princesses consortes, mais les épouses de rois sont la plupart du temps des reines.

Bref, il existe quelques catégories d'hommes jugés insignifiants, méconnus, ombres de femmes illustres, tels les mariés le jour de leur mariage, cérémonie funeste au cours de laquelle il n'y en a que pour la mariée (mon imagination me laisse deviner pourquoi d'ailleurs, mais je vais me retenir).

Toute cette introduction me sert de prétexte à un constat beaucoup plus banal, une autre agacerie de mon quotidien de bourgeoise malgré elle. Mon "je" si haïssable a du mal à se faire reconnaître, parce qu'il est marié, et que la femme mariée a quelque chose en moins.

Je suis devenue aux yeux du monde, de mes amis, de ma famille, je suis devenue madame Jean Dupont, puisqu'en tant que femme mariée, je suis sous la tutelle de mon époux. Comment? Ce n'est plus vrai depuis quelques décennies? Eh bien il faut croire que les usages ont la peau dure.

J'aurai peut-être droit, sur ma tombe, à un "Mme Jean Dupont". J'ai découvert avec horreur, il y a quelques années, que bien des femmes mariées n'avait pas droit au minimum de reconnaissance personnelle sur leur propre tombe (allez visiter les cimetières, c'est très instructif).

J'ai beau rappeler discrètement (sur les enveloppes, en majuscules) que j'existe par moi-même et que mon IDENTITE diffère de celle de mon conjoint, mes chers amis ne tiltent pas et reproduisent l'énervant "Mr et Mme Jean Dupont".

Sans parler du propritaire, qui ne comprend rien à ma demande de dissociation identitaire et nous pond des inventions de type "Mr et Mme Jean Dupont/Mme Malakoff". Tous les jours, on s'étonne de voir deux noms différents dans le cadre du contrat de mariage. Pourtant rien ne m'oblige à porter le nom de mon époux, et ce depuis plus de trente ans. Lu sur un site du gouvernement:

"(extrait du décret mentionné plus bas) « Le mariage est sans effet sur le nom des époux qui continuent chacun d’avoir pour seul nom officiel celui qui résulte de leur acte de naissance. Toutefois, chacun des époux peut utiliser dans la vie courante, s’il le désire, le nom de son conjoint, en l’ajoutant à son propre nom ou même, pour la femme, en le substituant au sien. ».

(je cite toujours) Ce nom d’usage n’est toutefois pas transmissible aux enfants. Il ne figure pas sur les actes de l’état civil. Ainsi, contrairement à une idée répandue le principe est que (si) la femme ne change pas de nom à l’occasion de son mariage, l’usage permet qu’elle prenne le nom de son mari. Toutefois, c’est toujours son nom de famille qui figure sur les actes officiels, suivi de la mention « épouse X ». L’époux peut, à titre d’usage, adjoindre au sien le nom de son épouse mais ne peut substituer à son nom celui de son épouse.

L’usage du nom du conjoint n’entraîne aucune obligation de changement de nom pour la carte nationale d’identité, le passeport, la carte grise, le permis de conduire, etc."

Voir également (c'est un peu dur de trouver ces textes!) l'annexe du décret n°74-449 du 15 mai 1974 relatif au livret de famille, « Informations sur le droit de la famille ».

Ce décret "subversif" ne date pas d'hier, mais les mentalités sont rétrogrades, et les mots ont le dernier... mot.

Vivement un PACS accordant les mêmes droits que le mariage, qu'on en finisse avec une institution lourde de son passé, lourde de non-sens contemporain, lourde d'implications insconscientes ancrées dans la tête de tout le monde.

Et qu'on arrête, aussi, au passage, d'interdire aux époux le droit d'être séduisants et le droit d 'être séduits, ça aussi ça nous tue (je dis nous car lui et moi ressentons une vraie pression sociale sur nos comportements de "mariés").

4 commentaires:

JessY a dit…

Pour la reine d'Angleterre je le sais depuis petite et j'ai toujours demandé à le voir tant il avait l'air d'être une bête rare et curieuse, comme son animal de compagnie secret, un peu.

Du reste, super sympa la nouvelle déco!

Lucie Malakoff a dit…

Merci Jessy! Des broutilles à côté de ton "déménagement" :-)

Marcel a dit…

Tiens, l'autre jour un formateur nous a dit que les hommes étaient séduisants... Comme quoi, ces interdictions tombent.

Mais heureusement, il a ajouté que les femmes, elles, sont manipulatrices, histoire de permettre de varier les plaisirs de la discorde dans les ménages.

Il a aussi déclaré que j'étais un fantasme pour mes subordonné(e)s. Sur ce point, j'avoue que je suis très circonspect.

Lucie Malakoff a dit…

"Tiens, l'autre jour un formateur nous a dit que les hommes étaient séduisants... Comme quoi, ces interdictions tombent."

Dire que les h sont séduisants, ça ne mange pas de pain. Mais quand tu reçois une oeillade alors que tu es marié(e), ton entourage épie tes réactions. Et t'as pas intérêt à te planter, sans quoi on te rappelle fissa à l'ordre (mais gentiment et avec humour, c'est ça le miracle de la pression sociale...)